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deux vastes flambeaux. (ashor)

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MessageSujet: deux vastes flambeaux. (ashor) Mar 12 Juin - 19:01

deux vastes flambeaux
( 08 mai, à quelques kilomètres à l’ouest de Launondie )

Les plis sont remis sans qu’aucun verbe ne foule les lippes masculines. Au soldat, à qui il lègue ses épîtres, une nutation altière est toutefois accordée, lourde de sens, d’autorité, aussi. Séides plus que réels quidams, les chevaliers dont il s’est sciemment entouré au sortir de Launondie sont autant de vétérans que de fidèles ; et ces rares fils et filles qui n’ont pas péri dans les flammes du siège les accompagnent également, la mine aussi grave qu’elle n’est, avant l’heure, usée. Léonte souffre des mêmes stigmates. Ceux que les jeunes générations portent comme un faix à l’ombre des guerres qui les cueille - le patriarche ne comprend que trop bien, et dans l’éclat mordoré de ses orbes une mélancolie frileuse ponctue ses regards durs lorsqu’il observe les benjamins en uniforme. Pour autant, ce n’est pas le navrement qui imprime son misérable masque sur les museaux présents sinon que la haine. Pure. Indécente. Leur colère gronde aussi férocement que celle d’Hector - s’il ne camouflait pas cette monstruosité derrière son éternel calme d’apparat, si un contentement sordide ne l’ébranlait pas également à la vue de cette poignée de guerriers vindicatifs n’ayant plus rien à perdre, s’il n’était pas ce vieil hymne oublié de l’Histoire et des Hommes aujourd’hui plus que jamais ressuscité par le tocsin de ses diables. Le héraut parti livrer ses messages successivement à Puck, puis Nymeria, disparaît dans le paysage sous forme de spectre poussiéreux que le galop de sa monture - réquisitionnée à un marchand - dessine dans le désert. À l’est de là, Launondie la lointaine soupire quelques ultimes colonnes de fumée dans le ciel matineux. Cité perdue, fief maraudé, l’humiliation devrait l’étreindre, tout comme la peine d’avoir perdu sa nièce Isaure, mais son cœur reste mutique, insensible ; le vernis craque à présent que rien n’accommode plus l’antique simulacre. L’idée même que les sauvages puissent en ce moment même profaner et déshonorer le caveau de ses ancêtres, forniquer sur le trône ou dilapider l’or des caisses royales n’émeut pas l’Infâme. Ces chiens sont, par la force des choses, devenus la catharsis pestilentielle du Maudit.
— Capitaine.
Le susnommé vrille à peine la nuque. Il a reconnu la voix de Jason, trentenaire balafré qui a déchiré le drapeau de sa garnison pour bander ses plaies. Ni le chef de guerre, ni ses hommes, ni aucun hère en ce lieu ne s’est changé. C’est à peine s’ils ont pu rincer l’ichor et la crasse maculant leur carne. Les phalanges du reître sont enroulées dans la tignasse crasseuse d’une tête coupée, butin vers lequel la gueule du colosse se tourne, puis ausculte.
Ça n’a pas été proprement fait, constate-t-il, lors même que la pogne de son épaule lésée, soutenue par une attelle de fortune, délasse ses doigts comme un félin qui s’étire.
Les vertèbres saillantes et les linéaments de muscles qui pendent trahissent la barbarie employée pour cette mise à mort ; elle a été lente, douloureuse. Il en est satisfait.

Suis-moi.
Et de quitter son éminence rocheuse, de traverser le modeste campement habité en hiver par les nomades, de passer devant le semblable de tente où son fils se repose pour s’assurer de son état, puis de poursuivre plus avant, en retrait du bivouac, près des ruines d’un temple archaïque à l’aulne duquel le groupe s’est installé de suite après l’évasion. C’est là qu’est la Corneille, assise sur une colonne brisée, pareillement éclopée. Enjoint à abandonner son trophée, Jason le dépose aux pieds d’Ashîva et s’éloigne sans mot dire. Après un silence insistant, Hector prend place face à elle et, sans désigner la barbaque ensanglantée dont il est pourtant question, brise sa taciturnité.
C’est l’archer qui a mordu tes chairs.
Les calots dégringolent contre la mine qu’il sait pétrifiée mais dont il ne voit pour l’heure que le crin empoicré ; le châtié n’a d’yeux que pour la Khodja. On s’en est assuré.
Tu sais comme il m’est difficile d’oublier les visages.
Les maxillaires se penchent à peine.
Ceux que j’abomine, tout particulièrement.
Ainsi droite, ainsi martiale, sa carrure se voûte soudain, quoique lentement, afin que son coude prenne appui sur une hanche. Altesse et bête, deux entités pas si distinctes qui tour à tour le sculptent.
Le hasard a voulu qu’il s’égare extramuros. Excès de zèle ou d’arrogance, qu’importe, quelles que soient les forces régissant ce monde il semble qu’elles aient entendu mon appel. Vois-tu..., les onyx se braquent sur elle, il est une chose que je supporte encore moins que le massacre de mon peuple. C’est qu’on ose attenter à ta vie.
Le ronron de la phonation est devenu hostile. Brèche éphémère révélant un instant la fureur que couve le volcan incarné.
Je pourrais en guise de représailles brûler un royaume entier.
Et qu’elle n’en doute pas. Les trente dernières décennies passées à la protéger, tant bien, que mal, pourraient lui en vouloir. À la trouble promesse succède un vœu. Unique.
Viens avec moi à Dryang.
Armée qu’il veut regagner au plus vite tandis que les caravanes régaliennes s’éloignent peureusement vers Firekiro. Ses raisons, à priori évidentes, essuient en vérité d’obscurs desseins ; de ceux qu’il ne partagerait avec personne d’autre que son alter-ego.
Je te veux à mes côtés.
Parce qu’il refuse de souffrir quelque énième refus, aussi flou et fuyant soit-il, l’inflexion s’est tendue pour vibrer tel qu’un ordre l’aurait fait ; il n’abdiquera ni ne se détournera pas, cette fois.


Dernière édition par Hector Oshun le Mer 13 Juin - 12:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: deux vastes flambeaux. (ashor) Mer 13 Juin - 12:07

Pâle et défait, le ciel encore nocturne troque son morne noir pour l'indigo des matins calmes. Une parenthèse de quiétude que l'on sait chimère, fragile bulle d'accalmie, mais au taiseux giron de laquelle on a fait halte, comme l'on s'accommode parfois d'un mensonge qui, s'il ne soigne pas, du moins soulage. C'est ce qu'il faut, aux survivants. L'illusion d'un répit, d'un calme après la tempête, si fugace puisse-t-il être. D'un délai, à dire vrai, avant que le soleil ne se lève. Sans lui, sans lumière, pas de vérités. Rien que des ombres aux contours inachevés, tracées au lavis des affres bruts et primaires – on se contente alors, jusqu'ici, de haïr ou de craindre le monde entier. Sans finesse, et sans nuances aucunes. N'appartiendra qu'à l'aube de livrer ces détails polychromes, desquels toutes réalités surgissent, gueulardes et putassières, dans leurs panaches d'or et de carmins. Évidence fanfaronne, insultante, qui n'est pour l'heure encore que sombre augure, à l'horizon ; la Corneille voudrait lui tourner le dos, s'enfuir au loin, à tir d'aile. Où la nuit fait rempart aux terribles réveils. Dormir là-bas. Rêver, et oublier. Un ailleurs fantasmagorique dont elle ignore la direction, alors au passé s'en va-t-elle quêter de quoi distraire ses démons, dégainant glaive et pierre d'affûtage en fredonnant une berceuse aux accents oubliés. D'un orphelin de la guerre, ça cause. D'un enfant, que la lune a élevé – au sens propre, comme au figuré. D'un garçon, nommé Aleph, et dont elle croit deviner la silhouette, parfois, lorsque l'astre est plein et qu'aucun nuage n'embrume ni l'éther, ni ses esprits.

Ce sont les frictions du cuir tanné contre le sable, trahissant deux démarches – l'une reconnue, et l'autre non –  s'en venant à revers, qui figent tant la gestuelle que l'élégie. C'est en silence, telle une chthonienne déité, que la Khodja reçoit le trophée qu'on largue sous ses chevilles suspendues, dénudées, seulement bardées de leurs sempiternelles chaînes d'orichalque. Bracelets rituels sur lesquels l'offrande morbide rive deux calots vitreux, comme extatiques. Le portrait, définitivement mutique, ne lui dit rien. « C'est l'archer qui a mordu tes chairs. » Le minois cuivré exhume un sourire, de sous sinistre humeur, en guise de monnaie d'échange qu'elle lui tend, tandis qu'il s'assied, et explique. Le chant cadencé de la ponce contre la tranche du sabre a repris. Si certaines femmes préfèrent les fleurs, et d'autres les douceurs, Ashîva est de celles, heureusement plus rares, dont le cœur chavire pour ces barbaries symboliques. « Je pourrais en guise de représailles brûler un royaume entier. » Il sait. Bien sûr qu'il sait. Autant qu'elle sait, d'ailleurs, qu'il a de la suite, dans les idées. Après rien de moins que trois décades à arpenter, ensemble, les torves souterrains du négoce flamaerin, ces deux-là se voient venir, comme la foudre anticipe le tonnerre – et comme eux, ne se font au grand jamais défaut. « Dans quels sales draps faut-il donc que j'aille me rouler, pour t'y voir à l'œuvre, soldat ? », qu'elle réplique, l'émeutière, déposant la lame tendrement astiquée en travers de ses cuisses, à gestes mesurés. Elle cille, pour confronter la paire d'onyx la jaugeant ; et la sonde, à son tour. Non pas pour soupeser la solidité de la parole donnée – aucune de celles qu'il lui a naguère confiée ne s'est jamais vue rompre. Ce qu'elle traque, ainsi, ce sont au contraire les non-dits fondant telle assertion. « Viens avec moi à Dryang. Je te veux à mes côtés. » La langue claque ; et de la caboche, opine d'un de ces ni-oui, ni-non de canaille, qu'elle lui sert lorsque l'impérieux fait mine d'exiger. Timbre de commandement dont quiconque n'oserait jamais faire usage, à proximité telle de ses babines troussées. Mais Hector n'est pas quiconque ; au contraire, Lui n'aurait, de ses lèvres, à craindre nulles géhennes desquelles il ne saurait se relever, si tant est qu'elles soient autorisées à le supplicier. Car cet homme-là est à l'épreuve de ses ardeurs. Il est à sa mesure. « Convaincs-moi », le défie-t-elle donc, caboche inclinée. Dure en affaire, la trafiquante, c'est bien connu – tout autant qu'il sait se faire persuasif. Du plat des paumes, elle s'en vient lui palper les adducteurs, jusqu'aux reins, avant d'y déceler la bosse d'un paquet de blondes, extirpé sans autre forme de procès. Cibiche qu'elle coince à la commissure d'un rictus nébuleux. « Pourquoi, Hector ? elle demande alors, dans une éruption de vapeurs cérulées, À quel dessein ? » Et de lui caler sous lippe la cigarette à peine ôtée à sa sienne bouche. « À quoi penses-tu ? Je déteste ne pas le savoir. »


Dernière édition par Ashîva Khodja le Jeu 14 Juin - 22:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: deux vastes flambeaux. (ashor) Jeu 14 Juin - 2:31

Le corps maigre, perché entre canines, s’essouffle et lâche des soupirs mats. Une risette oblique est venue tordre les lippes hispides, lare d’un esprit qui convoie toujours plus d’une idée jusqu’au pinacle des pensées. La belle au cuivre salin ne le connaît que trop bien. S’il est vrai que sa diction trempe dans l’ambrine du truisme, elle n’est pas moins accommodée par le vin de la ruse – dont le stratège ne se départit jamais. À son tour, après que la minauderie impériale de la lionne lui ait tordu la truffe, d’étirer ses ridules avec nonchaloir. Ses phalanges agrippent la cibiche et la retirent de là. Pas un soupçon de nicotine n’a foulé son gosier, un aplomb cynique qu’il faudra imputer à l’orgueil du sieur qui ne veut pas de la becquée imposée ; sa langue, en revanche, vient licher les babines où demeure l’obséquieuse sapidité, adoration perverse qu’on attribuera, elle, à tous ses vices confondus. Puis à cette tige ravie de tourbillonner entre chacun de ses doigts, valsant à s’épuiser avant de se tordre, cette fois de douleur, lorsqu’un feu abscons dévore davantage sa gueule incendiée sous le regard absent du Maître.
Il aurait été autrefois futile pour toi que j’aie à te convaincre.
Nul blâme n’est à entendre. Pas plus qu’il n’y a de nostalgie à traduire – contorsion affective dont il s’embarrasse peu, voire pas. L’évidence formulée souhaite avant tout remémorer combien les temps, et ses veules pantins de chair, sont voués à changer. À moins que tout un chacun soit ainsi fait et qu’il faille, pour arracher l’écorce de sa nature, se munir de l’outil qu’est l’acuité – on se ment plus qu’on ne le croit. Sa mascarade à lui n’a pas d’origine aussi nette que celle de son ire ; enfant déjà, l’usurpation de son existence pesait sur lui comme le poids d’un mort et l’impression tout à fait indicible d’être négligeable achevait de le révolter. Vouloir être et devoir être n’ont jamais pu concilier leurs humeurs dans ce capharnaüm de convenances protocolaires. La carrière militaire, instinctivement choisie pour le soumettre à la volonté souveraine, n’aura pas réussi à taire toutes les suffocations de son cœur indocile. La dyade de son être n’a fait que croître, et croître encore, jusqu’à ce que l’illusion berne son propre créateur. Ça n’est toutefois pas le garçon frondeur qui, tapi derrière ce rideau de rides, moque l’avenir, mais l’homme qu’il est justement devenu. Celui vorace dont l’opiniâtreté agressive s’est, cette nuit, délivrée de ses chaînes.
Il est fort à parier que Dryang était une diversion. Je doute que ses rues restent longtemps animées par la folie meurtrière des dogues à présent que leur maître niche à Launondie.
Un rictus taraude la barbe poivre-sel à l’évocation pensive de quelque chose ou de quelqu’un, et puis la cigarette, entièrement consumée, racle la paume rugueuse sous forme de cendres.  
Le peuple a besoin d’être rassuré. Et c’est en allant là-bas, sauver ce qu’il reste à sauver, qu’il regagnera un peu de cette confiance que mon neveu dilapide depuis son intronisation. Mes hommes, par ailleurs, et puisque leur roi s’esbigne, méritent qu’on les soutienne.
La poudre du feu, éparpillée doucement, picore le crâne qui, en-deçà, pourrit gentiment. Tout orateur qu’il soit, il subodore sans peine n’en avoir pas assez révélé pour que la Corneille daigne céder. C’est avec force manières – quelque peu sardoniques et détachées – qu’il poursuit donc.
Loin de moi l’idée de bafouer l’honorabilité sacrosainte de ton nom, mais nous savons tous deux combien les nases plébéiens reniflent les Khodja comme ils sentent les Oshun. Avec autant de mépris que peut en contenir une âme humaine.
Ses onyx ascensionnent la physionomie délectable et non moins délétère de la Mama sans transbahuter la trouille naturelle qu’elle inspire chez ses détracteurs. Parce qu’il n’en est pas un, et ne le sera jamais ; pour autant sa sincérité se veut dure.
Vous aviez leurs faveurs jusqu’à ce qu’Alaia soit faite reine. Ose me dire qu’ils continuent de vous louanger à présent qu’ils voient le foutre régalien suer d’entre vos cuisses. Et qui ira leur dire le contraire ? Ce souverain qui vous veut apprivoisés ? Une putain docile est une putain utile.
De conserve, les mâchoires se redressent, l’une bousculée par quelque intense sentiment, l’autre mimétique ; il n’attendait que ça. Faire mouche. Il enchaîne pourtant, car ce n’est pas sur la blessure infligée par le bât qu’il veut clore son laïus.
Je ne suis pas mon neveu. C’est à peine si l’on m’associe moi et mes descendants au nom des Oshun. L’invisibilité de ma branche a sciemment été orchestrée au fil des décades et, à présent que l’arbre est malade, le serpent de l’ironie s’en mord la queue. Si tu te montres auprès moi, et moi auprès de toi, nous pourrions rincer l’opprobre de nos échines.
Et renverser la situation à leur unique profit. Mais est-il bien nécessaire de formuler ceci lors même qu’il se tient face à elle seule ? Ses calots descendent – péniblement – jusqu’au sabre qu’elle tient posé. Il lui est étrange, peut-être même douloureux, de constater combien l’artefact ouvragé, tenu par la lionne, avive des chagrins qu’il pensait dormants. Soudain et alors qu’il prévoyait lui avouer cet autre désir, celui-là bien moins politique, qui suggestionne en vérité plus fermement sa requête, il cesse là sa tirade. Cette même pudeur féroce qui, pendant plus de trente ans, a tant amorti ses élans, endigue derechef le magma de son ivresse férue. Il n’en a pourtant pas l’air, Hector, comme il n’a jamais vraiment eu l’air non plus d’exécrer son sang.
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MessageSujet: Re: deux vastes flambeaux. (ashor) Jeu 14 Juin - 22:46

« Il aurait été autrefois futile pour toi que j'aie à te convaincre. » Constat sans appel, et pour cause. Naguère, Oshun et Khodja n'avaient nul lendemain à se suggérer, aussi eut-il était vain d'aborder seulement la question de se suivre, en ceci qu'on la savait condamnée à ne souffrir que d'un refus, strict et péremptoire. Sacrifice de leurs jeunes amours sur l'autel du destin ; lui était appelé à défendre le règne de son foutu frangin, lorsqu'elle-même écoperait des témérités maternelles. L'étreinte fortuite de leurs trajectoires mutuelles était inféconde – trente ans plus tard, pour la première fois, s'autorisait-on enfin à tenter de se convaincre du contraire. « Mais autrefois, tu n'en avais ni le désir, ni l'opportunité », qu'elle corrige donc, tenant à souligner à son tour qu'elle a, mêmement, pris conscience de la tournure des contingences. Puis, auditrice avertie, elle se tait, et écoute ; opine, lorsqu'il lui fait part de ses hypothèses au sujet de Dryang, désignée potentielle diversion. Ça fait sens, et que nul autre que lui, au sommet de la nation, n'ait présagé plus tôt de cette éventualité ne l'étonne pas tant. Son neveu n'avait semble-t-il pas d'autre priorité en tête que celle de se réconcilier avec son épouse répudiée. Derechef, elle acquiesce aux prescriptions que le Capitaine se propose d'administrer, à la cité occidentale. L'armée n'a que trop été, ces dernières décennies, l'instrument seul de l'oppression. La faute à ces politiques infâmes qu'on lui commandait de conduire à exécution, et dont la purge fut l'irrévocable acmé – le bûcher des confiances moribondes. Plus au fait que personne des tourments de ce peuple dont elle est fille, et qui l'a élue Mère – un statut qui l'honore, autant qu'il a pu lui être propice – Ashîva sait ce qu'elle leur doit, aux enfants de la nation. De ce fait, commence même à deviner les premiers traits de l'ébauche qu'il griffonne, et le soupçonne ainsi vouloir s'assurer qu'elle n'a pas omis les termes promis à son gendre. À savoir, user de sa réputation pour adoucir les mœurs défavorables ; jouer de son fameux pipeau, en somme, pour bercer les rats porteurs de rage. En dépit de leur connivence, c'est d'un non, ferme et définitif, qu'elle s'apprête à trancher là tout pourparler. Loin d'elle le désir de l'accompagner à Dryang pour bouffonner son monde au nom d'un roi qui ne le mérite pas, si c'est la faveur qu'il envisage quérir.

Il n'en fait toutefois rien ; et, brusquement, sans crier gare, voilà qu'il l'attaque. Flot d'insultes qui se brise de plein fouet sur sa gueule, soudain statufiée, au bas de laquelle dégringole tout indice de complaisance. Sans moufter, elle l'observe avec horreur, comme on considère l'hostilité d'un canon traître, braqué à bout-portant ; avec colère, ensuite, lorsqu'il prétend retourner l'arme contre lui, orchestrant là le simulacre de son sien procès ; avec dégoût, enfin, lorsqu'il ose lui tendre la main, comme à une alliée. Elle croit rêver. À motions lentes, sa posture, auparavant nonchalante, s'est roidie ; et elle n'est plus que tétanie, aux muscles et orgueils unis dans un même spasme féroce. « C'est comme ça que tu me voies ? » elle s'enquiert, tout bas, d'entre mandibules salement souquées. La métaphore, selon laquelle la Khodja est une catin ayant vendu son cul, et celui de ses filles, au bon vouloir d'un roitelet, ne lui est pas inconnue. Il s'agit là de l'accusation dont le cheptel des blanches brebis de cour se plaît le plus à bêler, dès que la Louve n'écoute pas – croient-ils, car elle entend tout, sait tout, et n'oublie rien. « Ou bien essayes-tu de me manipuler, en jouant avec mes nerfs ? » Elle hoche la tête, doucement. « C'est ça, n'est-ce pas ? Tu t'imagines que ça m'atteint, que je ne suis pas en position de refuser l'aide de ce seul ami que j'ai, capable de me comprendre, et qui se propose ensuite, si gracieusement, de sauver mon honneur bafoué ? » Un hoquet hilare lui fêle l'airain, tandis qu'elle délivre ses guiboles du sabre, faisant obstacle à son lent essor. Debout, elle le toise un instant et secouant caboche à la négative, roule des yeux au ciel. « Sauf que je n'ai pas d'opprobre à rincer, comme tu dis. C'est mon fond de commerce. Alors navrée, Hector, cherche-toi un autre faire-valoir.. un autre pantin plus docile, plus utile. » Et sur ce s'éloigne, sans encore rien montrer, ni de la tristesse qui obombre son âme, ni de la blessure faite à son cœur qui, pour lui, n'a pas vieilli ; c'est qu'elle est toujours cette adolescente, songe-t-elle, en errant sans but sur quelques foulées. Ce tendron qui se croyait coriace et qui, faite femme, l'était sauf auprès de lui, parce qu'il ne lui avait encore jamais imposé de l'être.

« Tu sais, le pire ? » Faisant halte, sans tourner talons, elle semble même causer à nulle autre qu'à l'ultime étoile perçant encore le dôme céleste, vers laquelle ses prunelles s'en sont allées puiser inspiration. « C'est que, là-bas, dans les rues... » Un soupire las, désolant, entrecoupe la confession. « J'ai eu ce... hm, ce regret. » Alors, seulement, risque-t-elle œillade à revers d'épaule, et exhibe alors un profil strié d'éclairs – quelques larmes y ont coulé, creusant la cendre et l'ichor séché, jusqu'à son menton pourtant digne. Pleurs qu'elle n'a pas plus honte d'épancher, que d'être celle qu'elle est – ou celle qu'on croit. « Celui de n'pas avoir essayé de te convaincre, autrefois. » Elle hausse une épaule. Le serpent de l'ironie s'en mord la queue, disait-il ? Oh, pas que. Il lacère aussi tout ce sur quoi s'est jamais posé son regard noir. « J'ai eu, tu sais... cette espèce de certitude que nous aurions été heureux. » Elle inspire profondément, avant de continuer sur sa tragique lancée, son timbre de voix rauquant entre ire et dolence. « Parce que je l'étais, avant. Sincèrement, Hector... je l'étais. » Puis, faisant tout à fait volte face, elle fronce les sourcils. « Et toi, tu... » D'un revers de dextre, balaye l'air, illustrant d'un geste ce qu'elle l'accuse de commettre. « Tu as oublié. Qui je suis, qui nous étions. » Qu'il ait voulu la blesser, ou la manœuvrer – qu'importe. C'est qu'il ne l'ait pas traitée en tant qu'égale, qui la vexe, qui la blesse ; mais en tant qu'instrument. Et ça, c'est une trahison, un reniement.
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MessageSujet: Re: deux vastes flambeaux. (ashor) Ven 15 Juin - 2:19

À la chasse, lorsqu’un carreau de flèche touche le gibier sans pour autant l’occire, il est d’usage de l’achever. Cors et meute vocifèrent alors de conserve et l’amas de prédateurs précipite là ses sabots, là ses pattes, pour retrouver au plus vite l’animal. Deux écoles de pensée se disputent toutefois le sens de telle hâte. D’aucuns prétendent que c’est la cruauté primitive des carnassiers – bêtes et Hommes confondus – qui galvanise ainsi leur ruée lorsque l’odeur du sang et de la victoire proche houspille leur flair ; c’est aussi le cas du Dragon lorsqu’à terme de pourparlers, politiques ou non, il odore la reddition – toutes les sortes de capitulation l’ont toujours exalté, à fortiori celles qu’il a été laborieux d’arracher. D’autres, en revanche, octroient cette frénésie à quelque étrange mansuétude, une indulgence de l’ordre du miracle final, si l’on tient compte de l’intention première et tout à fait assassine ; ce qui n’a jamais été son apanage. La clémence est un luxe qu’il dénigre tant elle lui est insipide et particulièrement hypocrite. Mais alors qu’il toise en contre-bas la Bafouée, une contracture des maxillaires tend à prouver le contraire ; le charbon avec lequel il a nourri le feu d’Ashîva brûle bizarrement l’oisellerie où sont enfermés ses remords que les ailes brisées clouent au sol. La liberté que leur octroie brusquement l’indignité féminine déconcentre l’enflure comme aucun autre quidam ne saurait le faire. C’est pourtant bien ce qu’il espérait, planter la vérité sur un crucifix suffisamment haut pour que la Corneille ne puisse plus s’en détourner. À présent que la chose est dûment accomplie, une ivresse nauséeuse défigure une tranche de faciès et les paupières, discrètement alourdies, couvrent la poix de son regard. S’il ne regrette pas ses mots, la rage peinée qu’il entend claquer à ses tympans fâche son cœur qui aussitôt lui en veut.
— Tu as oublié. Qui je suis, qui nous étions.
Les orbes ne se rouvrent que parce que la colère, bondissant de l’un à l’autre, s’est fichée dans son poitrail avec une force telle qu’il se lève maintenant aussi prestement que les chasseurs éperonnent leur monture – c’est néanmoins lui, désormais, qu’il faudrait achever, tant l’estocade est terrible. La gueule n’a pas encore pivoté vers elle qu’il saisit son sabre et le soupèse dans sa paume en lorgnant longuement la lame affutée. Contemplation à demi factice qui lui permet avant tout de regagner son phlegme – qu’il use couramment pour tromper autrui mais qu’il emploie, ici et avec elle, pour ne pas infecter davantage leur causerie. Sa volte-face est taiseuse, bien au contraire de l’acier sur lequel le réseau de veines magmatiques abonde et regorge ; preuve s’il en fallait qu’en-deçà des chairs les affects du Maître transpirent leurs maux. Il la toise d’abord, jauge l’imposture, gratte et râpe ses prunelles pour y dénicher la pensée, et le mensonge, surtout.
Tu ne le crois pas.
Hélas, sa palabre n’exorcise rien ; c’est effectivement le doute qu’il lit en elle, à moins évidemment que ses yeux puissent frauder – il ne sait pas, ne sait rien, n’a jamais été plus incertain qu’à cet instant. Le vacillement de sa foi, celle personnelle et intime à laquelle aucun dieu n’a droit de regard, aggrave son allure et la rend, dans l’aurore naissante, douloureusement menaçante. Riposter à cette impiété serait grossier ; il s’y plie cependant, non sans dégoût.
Où que j’aille, il me suit.
Et de dresser légèrement son sabre dont les lueurs vives et chaudes éblouissent avec hargne le regard de la madone. Il se rapproche d’elle, un pas après l’autre, sans ciller, sans faillir ni à son ire, ni à son aigreur, toutes deux léchant ses calots pour qu’y brille le reflet de sa tristesse.
Mais tu le sais fort bien, toi dont je n’ai jamais quitté le giron, toi que j’ai voulue, mille fois au moins, et qui, mille fois aussi, m’as écarté.
Combien de caresses refusées ? Combien de baisers réprimés ? Leurs jeux lascifs n’ont été que de piètres égarements confus et gênants sans plus d’aplomb que l’insignifiance n’en requiert. L’amant éconduit aurait pu plier la volonté convoitée s’il avait été question d’assujettir quelque agnelle à ses impitoyables désirs – or la lionne, ainsi dressée au-dessus de toutes les autres vénustés et au-delà même des autels païens qu’élèvent les amours, n’a eu qu’à souper de ses renoncements respectueux. Quelle abominable indifférence que voilà.
Observe-le donc, mon dédain.
C’est la lame, oui, qu’il a hissée à sa hauteur, la garde, plus précisément, où repose en paix la mémoire de l’enfant perdu qui se promène pour l’éternité dans la spirale du souvenir. Torsade qu’il dessinait sur ventre rond, le futur père, ventre rond qu’il chérissait autant que les litanies ronronnées par l’Adorée.
Et redis-moi en face cette infamie.
N’est plus qu’amertume, le vieil homme. Ses lippes sont retroussées et n’adorent dorénavant que l’écœurement ; celui-ci bel et bien né, bel et bien grandi, dans le berceau qu’est sa vie biberonnée au poison des désordres.
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MessageSujet: Re: deux vastes flambeaux. (ashor) Mar 19 Juin - 20:21

Altière, coulée dans l'airain en fusion qu'est sa morgue défiée, la louve renâcle contre ses pulsions sauvages, communes à ces fauves immobiles qui, débusqués et blessés, n'ont plus d'autre ambition que celle de flairer l'odeur du sang adverse, quand bien même condamnent-ils le leur à mouiller la lice jusqu'à ne plus pouvoir mordre que la cendre de leurs tourments consumés. Vagues de rage noire et dense comme pétrole, à contre-courant desquelles il nage nonobstant, lame à blanc brandie tel un tison veiné d'ardeurs, en crachotant des mots-braises. Escarbilles qu'elle gobe de traviole – car sa tristesse, lorsqu'elle pactise avec sa fureur, n'est rien qu'un ogre glouton, n'ayant goût que pour les pires interprétations – et qui, aussitôt butinées par le lacis de ronces que sont ses entrailles arides, s'embrasent. C'est à la gorge masculine, par le col de sa chemise, qu'elle empoigne son Incendiaire ; sans un regard pour la mémoire du fils, qu'il interpose entre eux, et au revers de laquelle il s'embusque, pour mieux la fustiger, elle suspecte. Sinon pourquoi ? pour camoufler quel autre coup bas ? Ainsi, de la tranche de ses prunelles aiguisées, laboure-t-elle les coutures de ce linceul, et risque une œillade à ce qu'elle suppose être la charogne putrescente de ce nous, tantôt évoquée, et qu'elle brigue à présent percer à jour.

Ce n'est qu'alors, seulement, lorsque leurs regards ont cessé de se croiser pour s'achopper tout à fait, qu'elle croit enfin discerner les contours d'autre chose que ceux du pire escompté. C'est nez-à-nez au deuil d'un père inconsolé, taiseux et discret, qu'elle se retrouve confrontée ; une ombre colossale à l'envergure lovée dans une alcôve creusée au fin fond de l'âme du guerrier. Un géant de chagrin, in fine plus vulnérable que menaçant. Désarmée, la mère éplorée frémit, tandis que son courroux se rétracte, penaud et stupide. « Oh, mon Amour... », qu'elle soupire – non pas de lassitude, mais comme abruptement soulagée d'un fardeau dont elle ignorait jusqu'ici l'accablante existence. D'une main, elle écarte en douceur le sabre, et à l'encolure de l'aimé, son autre bras vient s'enrouler ; et ses yeux se posent ce faisant, sur l'hélice gravée à la garde, un instant, avant que l'arme ne chute à même le sable et que le second membre n'imite son symétrique. Un léger bond, et la voilà qui s'enlève du sol, nouant guiboles aux reins du soldat qu'elle étreint comme jadis, lorsqu'il lui revenait du front – quoiqu'avec un tantinet plus de véhémence, car somme toute, elle lui en veut de s'être absenté si longtemps. Trente piges, bordel. Trente filandreuses années, il a fallu, pour que cela advienne ; ce moment où, lui comme elle, oseraient se délivrer de leurs devoirs respectifs, tels deux déserteurs, estimant n'avoir que trop sacrifié à des guerres qui n'ont jamais vraiment été les leurs – et surtout pas la leur – mais celles de leurs aïeux, transmises avec leur lot de malédictions congénitales, en héritage. Un trône à protéger pour lui ; un empire à conquérir pour elle. Pour ça, on avait décrété que le passé était au passé. Quant à quelqu'avenir ? nul ne leur en promettait, sinon les astres. La lectrice avait préféré, à terme, les supputer vicieux et menteurs, trahissant là sa sienne piété, et pire encore, son propre cœur. Alors c'est vrai, oui, elle l'a tenu à distance, Lui aussi ; comme tout ce qui est trop beau, pour être vrai.

Toute à ces retrouvailles inopinées, elle n'a pas cessé de le renifler, de l'épier, entre paupières mi-closes. Sans se fendre d'aucun phonème, que ces mon Amour, à plusieurs reprises susurrés du bout de ses lèvres chaudes, qui jamais ne posent sur le derme davantage qu'un souffle – marquage éphémère, volatil. Juchée en position d'éviter que leurs baisers ne se trouvent, elle demeure ; le contraint, avec une féroce suavité, à l'inaction. Puis elle recouvre terre, recule d'un pas, paume en avant. Demande, en silence, un peu de temps. Un peu d'espace. Alors, elle s'empare du glaive abandonné, et le glisse à sa hanche, sous les agrafes retenant son jupon souillé de suie ; ce faisant, contemple l'ouest toujours sombre, qu'elle désigne du menton. « Sois prudent, là-bas. » Tout est dit, elle ne le suivra pas. Pas tout de suite. Mais elle sourit, tandis qu'elle le dépasse, l'effleurant à peine, pour faucher le trophée qu'il lui a tantôt offert. « S'il te plaît, qu'elle murmure, sans se retourner, Dis à mes enfants que je suis partie voir ma mère. Ils comprendront. » Près de Désurtiond ; au pays des Dragons. Horizon désormais igné, vers lequel la Corneille met le cap ; seule, mais flanquée du souvenir de leur enfant, qu'elle lui rétrocèdera plus tard. Lorsqu'à défaut de se suivre, ils se retrouveront, une fois de plus – la dernière, et pour de bon.


———( fin )———
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deux vastes flambeaux. (ashor)

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