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tonight I find it hard to swallow, the bed is made and I feel hollow (ahuva)

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MessageSujet: tonight I find it hard to swallow, the bed is made and I feel hollow (ahuva) Dim 15 Avr - 1:18

I can fake my heart and I love to watch it burn
La vie était ailleurs, le condamné l’avait bien compris de voyages en naufrages à espérer retrouver l’éclat suranné de sa jeunesse. Un pied toujours sur le départ, trouvant plus de chaleur au détour des nuits que dans son propre lit, le Koschei n’avait plus aucune affection pour les rues colorées de ces villes dont il foulait les pavés sans jamais s’attarder. Claustrophobe souffrant les grands espaces, il était un éternel voyageur attendant l’averse à force de marcher de travers en effeuillant le feuillage de ses promesses. Un sourire aisé aux lèvres, les manches retroussées de sa chemise donnaient l’air à l’austère d’enfin respirer. D’échanges en paris, de défis en confession, le loup attendait son heure pour finalement attraper les poissons entre ses doigts. Souffrant avec dignités les accolades grotesques de ces maharajas déchus, la fatigue lui brisait l’échine alors que son cœur n’y était plus. Sous le tissu, il sentait le pendentif pendu à son cou, son esprit se refusant d’autres repos que celui d’imaginer le reflet de la seule chose qu’il osait encore désirer.
Son rire sonnait comme les cors de chasse de sauvages en manque de sang, ses lippes entrouvertes laissant lui échapper le son dévoyé d’une joie qu’il feignait avec une tendresse malaisée. Quelques mots sur un bout de papier, les paraphes furtivement griffonnés au détour d’une allée et voilà que le démon était prêt à se repaître des âmes défaites abandonnées à ses pieds. Ces hères soufflant les cors d’une reddition mal commandée alors que l’homme observait avec satisfaction la débandade de ses apôtres perdus. Tremblant sous le poids d’une accolade un peu trop violente, l’émail de son atour semblait se fendre alors que ces autres le pressaient d’allées sombres en détours étourdissants, s’amusant de la confusion d’un fils des vents perdus au pays de la verdure. « Ne sait-on donc pas s’amuser au pays des nuages ? » Forcé de souffrir une énième boutade à l’amertume délavée, l’animal répondait avec les mêmes souffles monosyllabiques un peu trop usés.
L’ébène semblait couler le long de la devanture, les âmes en déperdition venant et sortant de la bâtisse portant la faim avec plus de hargne qu’Elias ne portait sa rage. Les prunelles rongées par l’incompréhension, il entra en la demeure feignant l’indifférence quand il ne comprenait ce qu’il lui arrivait. Prestement installé dans un coin de l’auberge, une bière à l’odeur rance fut placée entre ses mains alors que ses compagnons d’une nuit s’esclaffaient avec toujours trop d’en train. « C’est bien plus discret. » « Bois donc, ce n’est pas ta femme là où elle est qui va pouvoir te juger. » « Je nous ai déniché des divines, vu que c’est notre ami qui régale ce soir ! » Avalant le breuvage avec difficulté, le Koschei était assailli par un tourbillon d’images et d’odeurs alors que sa besace se vidait au plus l’avarice de ses nouveaux endettés se dévoilait. Avec plus de sincérité, la bête dévoila ses crocs, conscient d’avoir signé un contrat lucratif avec autre chose qu’une bande d’idiots bien trop rapidement tombé en faillite.
Se repaissant des mets à sa portée, la boisson coulant assez que pour l’ankyloser, Elias ne comprit pas tout de suite ce qui se passait alors qu’une demoiselle se retrouvait pressée sur ses genoux. « Ca restera entre nous. » En un clin d’œil peu discret, un rire grossier et teinté par l’alcool, l’homme bedonnant s’agrippa à une autre jouvencelle, disparaissant au gré d’une porte dérobée. Toujours au cœur de la fête, ces autres se goinfrant de vinasse et de tous les aliments à leur portée, ce fut avec incompréhension que le Koschei observait la douce envahissant sa carne comme s’il ne s’agissait que des territoires d’une guerre qu’elle avait déjà gagnée. Les prunelles détaillant la vénus, Elias posa ses mains sur celles de la jeune femme avant de se racler la gorge décontenancée. Le regard perdu, la jouvence éclaboussant ses traits autrement toujours circonspects, l’homme semblait infime pour la première fois depuis longtemps. Cherchant sa voix, locatrice évanescente qui n’avait jamais su se dérober à ses soins jusque-là, il contemplait le morceau de carne qu’on avait placé entre ses bras sans jamais pourtant rien imaginer d’autre que Raya. « Je pense qu’il y a erreur. » Et pourtant, le maître de l’air sentait les regards affamés de ses convives, leurs esclaffements entrecoupés d’instant de flottement où ils ne pouvaient se retenir de contempler celui au sommet de la chaine alimentaire. Celui qu’ils rêvaient de voir sombrer.  Exhalant péniblement, le Koschei se pencha vers la douce biche égarée, conscient de n’être qu’un autre chasseur qu’elle attendait douloureusement de voir festoyer à même sa trachée. Un sourire adressé à ses convives, l’assurance en ses lippes ourlées dégoulinant le long de ses traits plus faux que sa démesure, il susurra à l’oreille de la gamine : « Je ne suis pas intéressé, mais y aurait-il un endroit discret où nous pourrions disparaître assez longtemps pour qu’ils ne se doutent de rien ? »

(c) AMIANTE
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MessageSujet: Re: tonight I find it hard to swallow, the bed is made and I feel hollow (ahuva) Dim 15 Avr - 14:13

C’est aux abords de Foushin qu’elle s’était faite arrêtée par un groupe d’hommes au regard brillant de lascivité. Ils l’avaient attrapée de manière un peu brute, sans trop de délicatesse, sans pour autant vouloir lui faire du mal. Car ils voyaient la jeune fille comme une opportunité, une demoiselle de plus pour leur rapporter quelques pièces d’or au petit matin, après une nuit de veillée, sensuelle, charnelle, ça leur était égal, tant qu’ils recevaient la monnaie. “Tu as besoin d’aide? Tu t’es perdue?” Des questions qui n’attendaient pas de réponses, parce que son destin était déjà scellé. Habillée comme elle l’était, il était clair qu’elle n’était pas accompagnée. Pas de noble en vue, pas de maître non plus, s’ils en suivaient la logique des évènements passés. La voie était libre et à leurs yeux, ce genre de fille n’était qu’une marchandise. Un produit passé de mains en mains, de maître en maître, comme si de sa liberté elle même ne pouvait pas décider. Ils avaient réussi, tout de même, à lui faire avouer que c’était une mêlée. Mais il y avait la peur dans ses yeux lorsqu’elle le révélait, plus par instinct de survie que par envie, parce qu’aux humains, on leur réservait un tout autre sort (c’est ce qu’elle se disait). “Et la mêlée de qui? T’appartiens qui? C’est quelqu’un d’important, quelqu’un qui pourrait nous intéresser?” Elle avait secoué la tête. “J’ai jamais eu de maître.” Le mensonge était gros, et dépourvue de sa conscience illustre habituelle, convaincre n’était plus aussi facile qu’avant. Mais face à autant d’ignorance, il était passé. “Personne n’a jamais voulu de toi, c’est ça? Pourtant t’es jolie, va falloir que tu nous montres. Tu peux pas être si dégueulasse que ça.” Et un rire gras sortaient de leurs bouches salies par les mots vulgaires, haleine alcoolisée, non pas par la consommation récente mais habituelle, comme si leur peau même suintait l’eau de vie.

La première nuit, elle aimerait ne plus jamais y penser. Sa nuit d’essai, c’est comme ça qu’il l’avait appelée. Les visages avaient défilé par dizaines, car cette nuit-là, sa tête, ou plutôt son corps, était à un prix spécial. D’autant plus que jamais la main d’un homme ne l’avait même effleurée, alors elle était spéciale. “Les putes parlent, c’est ce que tout le monde sait, c’est ce qu’on dit. Alors toi, t’as intérêt à la fermer, c’est clair?” “De toute façon elle sait rien, t’inquiètes pas. T’as pas compris qu’elle sort de la forêt, des champs? Elle a du être recueillie par des paysans. T’inquiètes pas avec elle, on a rien à craindre. Ça se voit qu’elle est bête comme ses pieds.” Plusieurs voix retentissaient dans l’obscurité et sur le visage d’Ahuva, la terreur. Mais tout signe de faiblesse signait son arrêt de mort, alors laisser les larmes rouler sur ses joues, hors de question. Elle se contenait, se contentait de regarder vers le ciel, ou le plafond, elle n’était pas trop sûre, mais l’air frais sur sa peau semblait trahir qu’ils étaient dehors. Liées aux mains et aux pieds, voilà plusieurs jours qu’ils l’avaient capturée. Et pourtant, de son plein grès. Parce qu’ils lui promettaient des belles choses, et c’est dans leur piège qu’elle tombait, entre leurs mains vicieuses, sous leurs dents de carnassiers. “Si on te demande ton nom, c’est Hava. A priori, personne demandera. Ils s’en foutent tous de toi. T’as compris? Si tu crois que quelqu’un va venir te sauver, tu te trompes. N’essaye même pas de leur parler. Pas un mot. Tu sais ce que t’as à faire.”

Ce soir-là, elle avait été poussée contre le corps rigide de ce qu’elle imaginait était un étranger. Ce n’était pas le premier, car ce que ces hommes là aimaient, c’était de montrer les richesses d’Eartanera à travers l’alcool et les femmes. Impressionner. Mais ce n’était pas à eux de faire le sale boulot. Elle était enragée, mais soumise par son incapacité à prendre des décisions, à réfléchir clairement. Et puis où est-ce qu’elle irait? On ne voulait plus d’elle à la cour, clairement, alors elle passerait sa vie à errer. Et c’est sur ces pensées qu’elle plongeait son regard dans celui de l’inconnu, terrifiée. “Je pense qu’il y a erreur”. Ce n’est donc pas d’elle qu’il voulait, mais d’une autre. Ahuva s’apprête à s’éloigner, un soupire léger qui s’échappe de ses lèvres. Mais elle est vite repoussée vers l’homme par les mains de ses tortionnaires, contre lui même, trop près. Et puis il se penche vers son oreille, et elle sait déjà à quoi s’attendre. Elle les connait, les murmures sales, les murmures menaçants. Ceux qui préviennent, qui essayent de séduire ou qui insultent, tout simplement. Mais ce n’est pas ce à quoi elle s’attend. “Je ne suis pas intéressé, mais y aurait-il un endroit discret où nous pourrions disparaître assez longtemps pour qu’ils ne se doutent de rien ?” Lueur d’espoir qui scintille dans ses yeux. Ça doit être un piège. Un piège contre les hommes à qui elle appartient. Une histoire de règlement de comptes. Alors elle fait comme si de rien n’était, ignore les paroles, fait semblant que c’est une cochonnerie de plus qu’il lui a susurré. Elle éclate de rire, nerveusement. "Allez, venez, ne soyez pas timide." Un faux sourire s'affiche sur son visage, habituel, calculé. C'est comme ça, qu'il faut inviter. Elle le prend par la main et la sert fort, fort, plus fort qu'elle n'a jamais serré une main de client, parce que celui là, il ne faut pas le lâcher. Celui là, il peut être la clé à sa liberté. Elle ne jette pas même un regard aux autres hommes qui rient du succès de leur plan. Car même s'il a protesté, elle a su l'attirer. "C'est par ici." Elle ne lâche pas l'emprise qu'elle a sur sa main, au contraire. Un rire de plus dégringole de ses lèvres, mais dès qu'ils ont monté l'escalier et franchi le pas de la porte, le ton change. Elle ne rigole plus. Son regard est vitreux, comme celui d'un animal mort. Elle tourne le dos au bel étranger, et doucement, se dévêtit, par habitude, comme elle le fait tous les soirs, sous les étoiles, sans qu'aucun regard protecteur ne veille sur elle de là-haut. Une nuit de plus à passer sous les mains d'un homme enragé.
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MessageSujet: Re: tonight I find it hard to swallow, the bed is made and I feel hollow (ahuva) Lun 16 Avr - 0:19

I can fake my heart and I love to watch it burn
Il faisait noir en dehors de la bâtisse abandonnée à la déraison des cœurs égarés à trop de passions. Pourtant, le Koschei n’avait l’impression de n’avoir jamais autant vu l’ébène que dans les prunelles contemplant son trône d’épines. La noirceur délavant leurs iris avides peinant à souligner cette soif qu’ils n’arrivaient pas à étancher. Que ce fût pour l’argent, la vinasse ou tout autre péché auquel ils s’adonnaient. Elias n’appréciait pas la compagnie de ces déchets de la société. Ces arnaqueurs sans saveur prêts à trancher toutes gorges contre quelques billets. Ils manquaient d’élégance, même leur rage rien de plus que le reliquat faisandé de rêves de gloire à la hauteur de monts qu’ils n’atteindraient jamais. Pourtant, contre quelques billets, une signature le long des lignes de ces contrats obscures qu’il traitait, le loup montrait patte blanche et prétendait être autre le temps d’une soirée. Feignait l’ignorance face aux vices de ses convives comme il n’avait de cesse de simuler être autre face au monde entier.
Pourtant, le cœur pris par d’autres crimes, rongés par des mots qu’il n’avait toujours su comment poser, il s’ébranlait comme un homme fait de papier entre des doigts peu délicats. Les mains posées sur l’inconnue, l’animal n’était plus homme. Il n’était plus rien qu’inconnu à ses propres pensées quand la terreur se faisait un foyer de son estomac. Morceau de viande alléchante, tous les regards la déshabillaient quand le blondinet l’implorait de ne pas briser les barrages d’une pureté qu’il avait perdu. Qu’il désirait seulement retrouver en l’honneur d’une autre qu’il espérait l’attendre au cœur des ruines de ce qu’ils avaient étés. Elle était douce l’inconnue, son rire le chant d’une colombe rendant son dernier souffle alors que ses lippes rebondies portaient le fardeau de secrets qu’elle n’avait pas le loisir de porter. Déglutissant avec difficulté, le Koschei posa ses prunelles vers les chiens affamés contemplant le spectacle, prêt à dévorer la moindre miette qu’il viendrait à laisser s’échouer à leurs pieds. Ses doigts s’enroulant dans ceux de l’autre, il se sentait adolescent à nouveau, la peur lui prenant les entrailles quand Raya s’était agrippée à sa main l’invitant à l’holocauste des fleurs de son jardin. Fêté comme un héros revenu du combat, ils s’ébrouaient les manants, la vinasse suintant le long de leurs barbes mal entretenues alors que leurs rires emplissaient le néant de leurs propos. Rien de plus qu’un dernier regard offert à ces hères dont il prendrait un plaisir vicieux à manipuler, c’était le dos droit et pourtant le thorax écossé qu’il suivit la naïade si désireuse de le voir se damner.
L’ascension est douloureuse, Elias s’agrippant autant à l’étrangère qu’elle ne s’accrochait à lui. Pauvres naufragés d’une nuit n’ayant d’autre issue que cette personne dont ils ne savaient rien, ils bravaient la marée sans savoir ce qu’il resterait d’eux au petit matin. La porte se referme sur les ébats d’une tristesse les empalant et c’est dans le regard de la gamine que le Koschei découvre les restes fumant de ce myocarde que d’autres avaient déjà piétinés. La gorge nouée, la bouche douloureusement sèche, le maître des vents avait vénéré d’autres femmes pour cautionner la traite des corps. Cautionner le viol impudent d’une jeunesse sacrifié pour les bénéfices d’hérétiques prêts à vendre jusqu’à la chair des leurs contre un peu d’argent. La rage bouillonnant en ses veines, Elias luttait contre la bête en sa carne quémandant rétribution, le carmin bien triste prix à payer contre les atrocités dont ils se repaissaient. Prêt à ouvrir la bouche, dévaler la volée de marche pour que ses poings se mettent à parler plus que ses mots, il entendait trop bien Drago rire de sa sentimentalité révolue. Ces émotions qui, comme un cancer, rongeaient son encéphale au point qu’il ne puisse plus émettre un jugement clair. Les jointures blanchies, les yeux posés sur le parquet, il inspira douloureusement avant de reposer ses prunelles sur la gamine devant lui.
Le tissu avait déjà commencé à glisser le long de sa silhouette, son échine découverte l’appelle d’une luxure à laquelle le maître se refusait. Il pouvait pourtant voir les vallées délavées de sa carne, imaginer les mains s’étant posées le long de ses courbes sans s’enquérir d’aucun échange. Il pouvait goûter la docilité de la bête brisée par les coups de reins d’étrangers devenus tourmentes à force de froisser ses draps. La bile lui remontant le long de la trachée, il posa ses mains sur les bords de sa robe, couvrant avec bien peu d’efficacité une pudeur qu’elle avait perdue quand les molosses s’étaient arrêtés à sa porte. Et, dans l’instant, ses mains agrippées à son corps d’adulte à peine éclot, il sentait la fleur fanée flétrir à l’idée de ne pas exister encore une fois. Animal aux crocs dévoilés, il imaginait sans mal l’autre craindre ses mains, sa voix. Craindre tout ce qui faisait de lui l’homme au centre de cette pièce et elle rien de plus qu’une proie. « Par pitié, ne te dénude pas. »  Rafistolant tant bien que mal un navire ayant déjà pris l’eau par la cale, il recula une fois la candeur de l’oisillon à nouveau vêtue. Un sourire un peu triste lui éclatant les lèvres, il recula jusqu’à sentir la porte en son dos, ses mains s’enfonçant naturellement dans ses poches quand il aspirait à une nonchalance sonnant beaucoup trop faux. Le Koschei était vaincu, perdu, d’être en ce lieu de non-vie quand sa vie l’attendait ailleurs. Quand ses rêves de grandeurs se brisaient à imaginer une fois encore goûter au rôle d’être père. Les poings serrés, il pensait à Raya et la honte qu’elle devait ressentir à savoir qu’il travaillait avec pareil démons. Les prunelles un peu trop vides, leur azur un peu trop délavé, il contemplait la brune sans vraiment savoir que faire. « Je suis promis à une autre. » Rien plus que dans un souffle, l’animal sentait la prison de ses côtes se délasser, le battant en son thorax s’agitant à cette idée improbable qui pourtant l’animait. Exhalant un son aussi proche d’un éclat de rire qu’une plainte camouflée, il se mordilla la lèvre inférieur avant d’ajouter : « Elle va faire de moi un père. » La tendresse lui éclaboussant les traits était une douceur qui tuait celui ayant déjà perdu ce bonheur-là une fois. « Je ne sais pas ce que ces idiots pensaient, mais je ne suis pas du tout intéressé. Je payerais pour la nuit, pour le dérangement et la chambre, mais il ne peut et il ne va rien se passer entre nous. » Sa voix était finale, la certitude inébranlable éclatant en son poitrail une douceur qu’il n’imaginait pas gouter.
(c) AMIANTE


Dernière édition par Elias Koschei le Lun 16 Avr - 13:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: tonight I find it hard to swallow, the bed is made and I feel hollow (ahuva) Lun 16 Avr - 12:31

Il l’a supplie de ne pas se dénuder, et la jeune fille s’étonne de son ton, comme si elle avait porté à sa gorge une lame tout en se déshabillant. Comme si elle n’était pas plus une victime que lui, victime du petit jeu dans lequel se perdaient les hommes du rez-de-chaussée. L’idée est trop étrange et malgré son expérience si minime, de quelques mois seulement — certaines des filles travaillaient ainsi depuis l’aube de la l’adolescence —, elle sait que le désir de la chair n’est pas ce qui amène tous les hommes. Pas tout de suite, du moins. Ecouter, ça fait partie de son métier. Et puis certains aiment à s’imaginer être avec la femme qu’ils aiment, la femme perdue, pas intéressée, disparue ou longtemps oubliée. Il faut se prendre au jeu, c’est ainsi. Echanger des banalités, — “qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui? Mon pauvre chéri, tu as l’air si fatigué!” —, caresser la peau d’une main douce, comme si cet homme, elle l’avait toujours aimé. Comme si le mariage les liaient. D’autres encore étaient impuissants, et pour faire face à ce complexe qui les détruisaient de l’intérieur, payaient des nuits avec de telles filles pour se redonner un peu de confiance. Avoir un peu d’affection sans attentes. Peut-être qu’il faisait partie de ceux-là, l’étranger au regard voilé. Alors que les mots quitte ses lèvres, il attrape le tissu dégringolant et recouvre sa peau d’une main maladroite. Ses gestes sont frénétiques, nerveux, comme si le simple fait de l’effleurer pourrait la briser. Elle se rhabille vite, honteuse de sa hâte. ”Bien sûr, comme vous voulez.” Son corps ne lui fait pas encore face, alors elle fronce les sourcils, à nouveau persuadée que c’est un coup monté. L’homme ne lui veut aucun bien, ça, c’est sûr. La jeune fille réfléchit à comment s’enfuir, car elle en a entendu parler de ces hommes qui ne viennent que pour discuter. (“Ils prétendent vouloir ton bien, et dès que tu baisses ta garde, c’est là qu’ils frappent. Ils posent mille et une questions, demandent d’où tu viens, pourquoi tu fais ça. Ton vrai nom. Parce qu’ils savent que tout est un mensonge. Souvent, ils en ont après les hommes auxquels tu appartiens. Alors méfies-toi. On en entend, des histoires. Tous les mois. De filles battues, de filles tuées, égorgées, à la merci d’un seul homme et de ses questions, d’un tortionnaire, tout simplement.”)

Doucement, elle se retourne. L’homme recule et elle en est d’autant plus inquiète. Qu’est-ce qu’il veut, vraiment? La pénombre de la chambre lui rend le travail difficile, mais elle tente de distinguer ses traits, traîtres d’où il vient, de son statut, de son sang, peut-être même. Pourtant, ils n’ont rien de froid ou même de menaçant. Il a la tête d’un enfant mis devant les faits d’une bêtise qu’il a commise. Dans son regard visiblement clair, teinte dissimulée par l’obscurité qui ronge chaque ombre de leurs visages, de la crainte. Et la peur, ça ne s’invente pas. ”Je peux vous demander ce qu’il y a?” (“Pas un mot. Ne parle pas. A aucun homme. Ne fais confiance à aucun de ces types, tout ce qu’ils veulent c’est ta chair, ta chair et rien d’autre, alors n’essaye pas d’en séduire un.”, elle se souvient des mots crachés à son visage par l’un des hommes, et, cachés derrière une fausse intention de prévenir, c’était en fait des ordres auxquelles elle devait obéir.) L’homme semble soudainement soulagé et il se rattrape à cette question comme à une bouée de secours. C’est l’occasion ou jamais, il doit se dire, l’occasion de la rassurer. Et il lui avoue tout. Sa voix s’adoucit et ses yeux étincellent lorsqu’il parle d’elle. Puis, la nervosité semble redoubler sur son visage, et ses traits s’endurcissent à nouveau, comme s’il cherche à lutter contre  la trahison d’un amour pur et innocent. Un amour que peu d’hommes tiennent dans leurs coeurs, c’est ce qu’elle a appris, à force de les voir défiler. A vrai dire, il n’en avait rencontré qu’un seul comme lui auparavant. Un homme doux et attendrissant, qui sollicitait non pas les services charnels d’Ahuva, mais son écoute et sa confidentialité totales. Des heures durant, il parlait de la femme qu’il avait aimée, il y a des années de cela. Elle hochait la tête, riait doucement quand il le fallait et prenait un air grave quand c’était demandé. Et pourtant, l’amour leur avait échappé, et il se perdait dans une histoire de sentiments à sens unique. Alors, c’est sur la jeune mêlée qu’il extériorisait son besoin d’aimer. L’homme face à elle, au contraire, fait tout pour ne rien laisser s’échapper de trop de ses lèvres. “Elle va faire de moi un père.” Les mots retentissent et Ahuva lâche prise sur ses suspicions. L’histoire est bien rodée, trop belle pour être un mensonge. Un mensonge convainquant. Ou peut-être qu’au contraire, il cherche à lui extirper quelques émotions pour voir s’il peut en faire autant avec des informations. Elle franchit les deux pas qui les séparent et pose la paume de sa main sur sa joue. ”C’est merveilleux, vraiment. Félicitations.” Et dans son geste, il y a toute la douceur qu’elle n’a pu donner ces derniers mois. Elle le regarde dans la prunelle de ses yeux, ses doigts qui caressent doucement sa peau rèche d’homme qui en a trop vu. Il n’y a rien de sensuel dans la manière dont elle le touche, au contraire. C’est d’un amour presque maternel qu’elle cherche à l’apaiser. Mais elle retire vite sa main au changement de ton des mots qui suivent, trop durs, trop agressifs. Comme ceux des autres hommes. Et la peur s’imprime sur son visage abîmé par la fatigue et la crainte permanente de ne pas survivre à sa nouvelle vie. ”Mais qu’est-ce que vous allez leur dire? Vous ne pouvez pas, ils vont me faire du mal, vous savez. Je vous en supplie. Allongez-vous au moins à mes côtés, ne partez pas. Ils ne peuvent pas savoir.” Ses yeux supplient, mais son corps n’ose plus. Distance gardée. Elle se contente des prières qui raisonnent dans sa tête à l’idée qu’il pourrait être tout ce qu’elle craignait.
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